Citation de la semaine : Dennett et le mystère récalcitrant de la conscience

« […] Noam Chomsky, Thomas Nagel, et Colin Mc Ginn (entre autres) ont tous émis des conjectures, des spéculations et des affirmations autour de l’idée que la conscience dépasse la portée de toute intelligence humaine, qu’elle constitue, pour prendre les termes proposés par Chomsky, un mystère et non une énigme. Si l’on suit cette ligne de pensée, nous sommes dépourvus des moyens – puissance cérébrale, perspective, intelligence – d’appréhender comment les “pièces qui poussent les unes les autres” pourraient constituer la conscience. Toutefois, ces penseurs ont également insinué, comme le fait Leibniz, qu’eux-mêmes comprenaient quelque peu le mystère de la conscience – suffisamment bien pour être en mesure de conclure que ce mystère ne pourrait être élucidé par quelque explication mécaniste que ce soit. Et, tout comme Leibniz, ils n’ont en réalité rien proposé d’autre qu’une image fascinante, en guise d’argumentation en faveur de leurs conclusions pessimistes. Quand ils considèrent l’avenir, ils se contentent de baisser les bras et décrètent qu’aucun éclaircissement n’est à attendre ni même possible dans cette direction.[…] Ne se pourrait-il pas que, d’une manière ou d’une autre, l’organisation de toutes les pièces qui agissent les unes sur les autres engendre la conscience comme une production émergente ? Et s’il en était ainsi, ne pourrait-on espérer, une fois développés les concepts appropriés, en comprendre la nature ? » pp. 22-23

Dennett perpétue la tradition matérialiste, récusant à la conscience ce que l’on accorde en général à l’humain : l’exception (cf. Jean-Marie Schaeffer). Le philosophe américain force d’ailleurs l’intérêt par sa méthodologie philosophie empreinte des procédures scientifiques. Dans l’introduction, il n’hésite pas à jauger et à remettre en question sa théorie de l’esprit, formulée dans La Conscience expliquée[1], à l’aune des découvertes empiriques et d’autres avancées théoriques. On appréciera d’ailleurs le sous-titre de l’ouvrage où se trouve l’extrait cité : « Obstacles philosophiques à une science de la conscience ».

L’illusion d’une surnaturalité de la conscience persiste dans l’esprit de la plupart ; les neurosciences et les sciences cognitives sapent pourtant de plus en plus ce fantasme. Même des humains érudits trichent avec la réalité en occultant ces avancées dans la connaissance de l’objet le plus complexe connu à ce jour : le cerveau. Je pense à ce tartempion gratifié de la Grande Décoration de la Résistance, devenu presque invalide dans cette éprouvante guerre intellectuelle où surgissent, telles des mines antipersonnel, les attentats à la crème d’andouille. Afin de justifier mon propos, je mettrai prochainement une citation du susnommé, quand j’aurais terminé la lecture de sa correspondance avec Michel Houellebecq.

Bonne journée !

P-W

 

Biblio :

Dennett, Daniel C.. 2012. De beaux rêves : Obstacles philosophiques à une science de la conscience. Folio, Essais. Paris : Gallimard. 275 p.

Schaeffer, Jean-Marie. 2007. Fin de l’exception humaine, la. Nrf essais. Paris : Gallimard. 384 p.

[1] Que je n’ai pas lu, faute d’avoir trouvé un exemplaire à un prix abordable…

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