Citation de la semaine : Charles Darwin, ou la nécessaire modestie d’un esprit animal

« Une autre source de conviction de l’existence de Dieu, liée à la raison et non aux sentiments, me paraît de bien plus de poids. Elle découle de la difficulté extrême, ou plutôt de l’impossibilité, de concevoir cet univers immense et merveilleux, y compris l’homme avec sa capacité de voir aussi loin dans le passé que dans l’avenir, comme le résultat d’une nécessité ou d’un hasard aveugles. Une telle réflexion me pousse à considérer une Cause première douée d’une intelligence plus ou moins semblable à celle de l’homme ; et m’expose à être qualifié de déiste.

» Cette conclusion me paraissait solide, autant qu’il m’en souvienne, quand j’écrivais L’Origine des espèces ; c’est depuis cette époque qu’au gré de bien des fluctuations elle en est venue lentement à s’effriter. Car alors le doute s’insinue : l’esprit de l’homme, dont je suis persuadé qu’il s’est développé à partir d’un esprit aussi fruste que celui de l’animal le plus inférieur, mérite-t-il confiance lorsqu’il tire des conclusions aussi lourdes de sens ? Celles-ci ne sont-elles pas plutôt le résultat d’un lien de cause à effet qui nous paraît nécessaire, mais qui dépend probablement d’une expérience héritée ? Ne sous-estimons-nous pas la probabilité que l’éducation, inculquant aux enfants la croyance en Dieu, puisse produire un effet puissant et peut-être héréditaire sur leurs cerveaux encore malléables, et que se débarrasser de la croyance en Dieu leur serait aussi difficile que, pour un singe, de se débarrasser de la peur instinctive du serpent ?

» Je ne peux prétendre jeter la moindre lumière sur des problèmes aussi obscurs. Le mystère du commencement de toutes choses est insondable ; c’est pourquoi je dois me contenter de rester agnostique. » pp. 88-89

Biblio : Darwin, Charles (2011). L’Autobiographie, Seuil, Paris, p. 243, « Points Sciences », (première édition 1887)

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